9 septembre 1836

« 9 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 302-303], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8919, page consultée le 24 janvier 2026.

Ne vois-tu pas que je t’aime, mon Victor adoré, dans tout ce que je te dis ? Si je suis folle, si je suis jalouse, et même si je [suis] stupide, c’est à mon amour que je le dois. Mon cher bien-aimé, ma vie, ma joie, car après tout tu es la seule joie, le seul bonheur que j’ai eu au monde, je te demande pardon de tous les mauvais traitements que je te fais éprouver. Je t’aime, je suis heureuse ! Oui je suis heureuse. Tu es si bon, toi, si patient, si indulgent et par-dessus tout si adorable, que je t’aime et que je suis trop heureuse vraiment que tu daignes me rendre malheureuse. Va mon cher adoré, je me souviendrai toute ma vie de ton premier regard. Dès ce jour-là seulement j’ai été la plus heureuse des femmes.
Il fait déjà nuit. Je ne pense pas que nous puissions faire notre achat aujourd’hui. Cependant il faudra que nous sortions pour acheter quelque chose pour souper car je n’ose pas me fier à la réhabilitation de notre poisson.
Et puis je vous baise et puis je vous adore et puis vous êtes mon pauvre Toto bien chéri.

J.


« 9 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 304-305], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8919, page consultée le 24 janvier 2026.

Nous faisons chacun de notre côté notre petit travail. Toi, tu composes un chef-d’œuvre, et moi je t’aime. Je crois modestie à part que mon œuvre ne sera pas inférieure à la vôtre mon grand poëte. Si vous avez du génie, moi j’ai de l’amour. Vous êtes et serez admiré de tous, et toujours. Moi je mets ma seule ambition à être aimée de vous tant que je vivrai. Pour cela je vous donne mon corps, ma vie, ma pensée et mon âme.
Tâchez mon cher petit rêveur de ne pas vous laissez surprendre par le froid.a
Je ne sais pas ce que je vous donnerai à souper. J’avais compté que nous irions chez le marchand de [comestibles ?] et que nous prendrions deux ou trois côtelettesb, mais votre humeur vagabonde en ordonne autrement. Je désire que votre cher petit estomac se résigne aussi tranquillement que le mien à la maigreur du souper.
En vous attendant, mon cher petit Toto, je lis les journaux ou plutôt je pense à vous. Je vous aime, je vous désire, je vous plains d’être dans les rues par un si vilain temps. Et je réchauffe vos petits pieds avec mes baisers, je dorlotec toute votre chère petite personne en idée en attendant mieux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a Ici une phrase barrée (incorrecte, et reprise sous une autre forme par la suite) mais très lisible : « Songez un peu à vos petits boyaux et ne les exposez aux injures du soir et de l’humidité. »

b « côtellettes ».

c « dorlotte ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.